En France, si vous souhaitez acquérir un bien immobilier, sans en avoir vraiment les moyens, vous n' avez pas le choix. Soit vous allez essayer d' aller " taper " TATA Germaine " qui va
probablement vite vous envoyer promener avec sa retraite minable, soit il va falloir aller rendre visite à votre banquier préféré. Oui oui le même qui vous a fait tout un plat récemment pour un
dépassement de découvert de... 7.80 euros alors que vous êtes client depuis...15 ans. Le système français est donc correctement vérrouillé par les banques, et pour tout dire c' est une bonne
chose. Cela évite en effet tout un tas de problèmes par la suite.
Aux USA, ce n' est pas exactement la même chose. Dans ce pays où l' on fait feu de tout bois, on peut acheter une maison comme on achète un simple aspirateur. Ou plutôt on peut vendre une maison
comme on peut vendre un aspirateur. Là bas, alors que vous êtes tranquillement installé sur votre canapé, un vendeur, appelé " courtier " frappe à votre porte et vous demande si par "
hasard " , vous ne seriez pas intéressé par...une maison. Les méthodes de vente sont les mêmes que pour la vente d' un aspirateur, autrement dit quelquepeu " au forcing ". 5 minutes avant l'
arrivée de ce vendeur un peu particulier, vous n' aviez même pas pensé à acheter une maison, et même, pour tout dire, en avoir tout simplement la possibilité. Mais aux USA tout est possible, et
votre vendeur vous fait donc l' article aussi rapidement qu' il le ferait pour vous placer un aspirateur dernier cri.
Cela paraît totalement fou mais c' est pourtant comme cela que cela se passe là bas. Les " courtiers " en prêts immobiliers, sont évidemment, et vous l' aurez compris, payés à la commission. Plus
ils placent des " maisons ", plus ils sont payés. Peu importe la situation financière réelle des clients potentiels, l' essentiel étant de placer un maximum de biens immobiliers comme un vendeur
d' aspirateurs le ferait.
Evidemment quand quelqu' un vient vous " offrir du rêve " vous perdez rapidement la tête. C 'est pourquoi un grand nombre d' américains, pas si modestes que cela d' ailleurs, ont signé quasiment
les yeux fermés. Certains courtiers avouent avoir réussi à vendre des maisons en...une ou deux heures à des " braves " gens qui n' auraient jamais crû cela possible. Aux USA on a donc vendu
des maisons comme on vend des aspirateurs. Vite fait, bien fait. Evidemment l' investissement est sans commune mesure, tout comme les conséquences futures.
Les médias, pour ne pas faire paniquer tout le monde, ont relayé l' information des défauts de paiements en évoquant le fait que les ménages concernés étaient modestes, et donc peu solvables. C'
est faux. La grande majorité des ménages touchés sont issus de la classe moyenne américaine et gagnaient correctement leur vie jusqu' alors. Il n' étaient simplement pas du tout avertis, comme le
sont la grande majorité des " gens " là bas comme ailleurs. Ces bons américains " moyens " correspondent exactement à ces français " moyens " qui poussent la porte d' une banque pour obtenir
un prêt immobilier en France. Ces populations n' étaient, théoriquement tout du moins, pas spécialement à risques.
En France, quand on pousse la porte d' une banque pour un prêt immobilier, dans la grande majorité des cas, on vous propose un taux fixe. C' est à dire que vos échéances seront toujours les
mêmes. Cela permet donc d' avoir une très bonne visibilité dans le temps, tout en évitant au maximum les risques. Les banques n' ayant en effet aucun intérêt particulier à faire
prendre des risques à leurs clients contrairement à ce que l' on peut croire ou entendre.
Aux USA, la problèmatique est différente. Comme nous l' avons vu en effet, on n' achète pas, on " vend ". Les courtiers des sociétés commerciales américaines spécialisées en prêts
immobiliers, ne sont donc pas des banquiers, mais des commerciaux très motivés pour toucher leurs commissions. Ils se moquent bien de savoir si l' acheteur pourra faire face à ses échéances par
la suite. Et comble du malheur pour les américains moyens, tous ces prêts ont été " négociés " à taux variable. De " bons " ménages américains ont donc commençé à rembourser une maison qu' on
leur avait vendu , Le " rêve " absolu. 1000 dollars par mois, puis, contre toute attente, les 1000 dollars sont passés à 1500 et ainsi de suite jusqu' à ne plus pouvoir faire
face à ses échéances qui ne cessaient d' augmenter. Taux variable oblige. La suite vous la connaissez, c' est la nécessité de vendre rapidement pour éviter la saisie qui se profile à l' horizon.
Ce phénomène engendre un effondrement des prix du marché immobilier. Comme en Bourse, tout le monde panique en vendant, et en face il n' y a plus d' acheteurs. Le phénomène est évidemment
accentué par ceux qui n' ont pas vendu à temps, et qui finissent donc par se faire saisir.Cette spirale infernale se propage par la suite au reste de l' économie. C' est le cercle
vicieux parfait. Le moral des ménages est affecté, ils ne consomment donc plus et le chômage repart donc à la hausse. Etc...
Certains courtiers " avouent " en " OFF " que certains " clients " ont signés sans même lire les contrats, et pire, sans même savoir ce qu' était la différence entre un taux fixe et un taux
variable. Cela n' a rien d' étonnant à vrai dire.
Vendre une maison comme on vend un aspirateur ou quand le rêve américain se transforme en cauchemar pour des millions de ménages américains qui n' en demandaient pas tant. En effet, comme évoqué
plus haut, et c' est là le drame, une grosse partie des concernés, ne pensaient même pas acquérir une maison. Ils ne l' ont pas acheté. On leur a vendu. La nuance est de taille.
En France, et c' est là la principale différence avec les Etats-unis, l' acquisition d' un bien immobilier passe nécessairement par le biais d' une banque. Il y a donc une démarche de
la part des intéressés. Personne ne viendra jamais frapper à votre porte pour vous vendre du " rêve " en deux heures de temps comme on le ferait pour un " vulgaire " aspirateur. Ce qui se passe
aux USA, ne peut donc pas se passer en France, et c' est tant mieux quand on connait la crédulité du bon peuple français qui dans des circonstances similaires, n' auraient rien à envier aux
ménages américains.
La " morale " de l' histoire, si tant est qu' il y en est une, est qu' en voulant faire feu de tout bois les américains ont donc fini par se prendre les pieds dans le tapis. A force de vouloir
vendre une maison comme on vendrait un aspirateur, le business a trouvé ses limites de manière bien dramatique pour un grand nombre de ménages américains, et par ricochet sur l' ensemble de la
planète financière, et donc à terme de l' économie mondiale.
On ne peut pas vendre n' importe quoi à n' importe qui et de n' importe quelle manière en se disant qu' il y a des dollars à faire à un moment ou un autre.
Dans le secteur agro-alimentaire les industriels américains sont arrivés aux mêmes excès. Sous prétexte de faire toujours plus de dollars, ils ont tout fait pour que les américains "
bouffent " encore et encore. Au contraire de la France par exemple, on ne peut en effet pas faire 20 mètres aux USA sans être tenté de " bouffer " tout et surtout n' importe quoi. Le
système a trouvé ses limites une fois encore, avec l' obésité en constante progression. Faire des dollars pour faire des dollars, sans se soucier des conséquences éventuelles est un jeu dangereux
que les américains sont en train de payer au prix fort dans un grand nombre de secteurs. Le système reste cependant le même en Europe, avec un décalage certes, mais en employant les mêmes
méthodes. A savoir vouloir vendre toujours plus. Les promotions du type " pour l' achat de deux produits, le deuxième est gratuit " n' est qu' une incitation à consommer plus. Les spécialistes du
marketing sont prêts à tout, ici comme ailleurs, pour vendre tout et rien à une société qui se plaint pourtant d' un pouvoir d' achat en berne, sans ce soucier le moins du monde du fait que les
trois quarts de la planète crève la " dalle " à outrance. Mais ce n' est " sûrement " qu' un détail pour des sujets devenus bien individualistes et souhaitant consommer toujours plus ! Il
parâit que c' est cela le " bonheur ". On peut quand même en douter...
Publié dans : CHRONIQUES
Jeudi 19 juin 2008
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