Avec la flambée actuelle des prix, il est de bon ton de tirer à boulets rouges sur le secteur de la grande distribution. Cette dernière se " gaverait " en effet sur le dos du bon peuple sous
couvert de l' augmentation du prix des matières premières. Le prétexte est entendu et il n' est pas très étonnant qu' un distributeur profite de circonstances particulières pour augmenter ses prix
de manière substantielle. Pour faire bonne figure on parlera d' anticipation d' une probable nouvelle augmentation à venir. Cela permet de se justifier aux yeux du bon peuple, qui n' a de toutes
façons pas d' autres choix que de subir cette inflation galopante. Il n' a finalement qu' à se serrer la ceinture ailleurs.
La grande distribution se " gave " donc sans le moindre etat d' âme. C' est un fait entendu. Mais la question est de savoir comment on a pû en arriver là. L' augmentation du cours des matières
premières n' est qu' un prétexte opportuniste. En fait, contrairement à ce que l' on veut bien nous faire croire il n' y a pas vraiment de concurrence en matière de grande distribution
dans notre pays. Il suffit de comparer le prix du même produit dans les différentes enseignes françaises de distribution pour s' apercevoir que l' écart est en fait considérablement réduit. Les
distributeurs français font semblant de se concurrencer mais les conditions pour distribuer les produits sont en fait toujours les mêmes.
Si vous êtes producteur de fromage de chèvre et que vous décidiez de vendre vos produits au plan national, vous n' avez pas le choix. Il va falloir vous adresser aux différents distributeurs
français. Tout d' abord il va falloir vous acquitter d' un sacré " ticket d' entrée ", autrement dit les fameuses marges arrières. C' est à dire qu' avant même d' avoir gagné le moindre centime, et
même de savoir si votre produit va se vendre, vous devez déjà passer à la caisse. Le distributeur ne prendra quant à lui aucun risque. Si votre fromage de chèvre ne se vend pas, il vous le fera
rapidement comprendre et ne vous remboursera évidemment pas la marge arrière. Que vous alliez voir Leclerc, Auchan ou encore Carrefour, vous vous rendrez rapidement compte que les conditions pour
référencer votre produit sont quasiment les mêmes. Le prix de vente dans les différentes enseignes sera également quasiment le même. Dans ces conditions on ne peut donc pas vraiment
parler de concurrence. Pour un même produit les différences de prix sont minimes. Il y a en effet un espèce de prix " conseillé " et chaque distributeur n' a pas vraiment intérêt a s' en éloigner.
C' est de l' entente illicite. Pour mieux illustrer le propos, imaginez toujours que vous êtes producteur de fromage de chèvre et que vous décidiez de vendre votre produit sur un traditionnel
marché. En arrivant sur ce marché, vous vous apercevez qu' il y a trois autres producteurs de fromages de chèvres. Manisfestement il n' y a pas eu de concertation entre ces différents acteurs, et
chacun affiche donc un prix différent. Comme vous êtes un petit malin et que vous êtes sur un secteur non concurrentiel, ( comme le sont les grands distributeurs français à un niveau évidemment
bien plus elevé, mais parfaitement similaire sur le principe ), vous allez voir les autres producteurs et leur proposer de vous " entendre " sur les prix, en prenant évidemment soin
d' organiser une vraie fausse concurrence entre vous.
Un des producteurs vend son fromage à 7 euros, l' autre à 8.50 et enfin le dernier à 5.50. Il y a donc manisfestement une concurrence entre les différents acteurs, et le consommateur averti devrait
donc s' y retrouver en étant un peu attentif, et en faisant donc " jouer " la concurrence. Sachant qu' il n' y a pas d' autres marchés à la ronde, vous trouvez donc cela un peu ridicule. En effet
vous pourriez vous " gaver " chacun un peu plus sur le dos du consommateur. A la fin du marché, vous invitez donc au troquet du coin les différents producteurs et vous leur demandez comment
tournent les affaires. Malgré une différence de prix manifeste entre les différents producteurs, chacun d' entre eux affiche une satisfaction relative. Vous proposez donc de vous entendre sur les
prix. C' est évidemment strictement interdit. Mais comme vous êtes un malin, vous allez trouver rapidement une combine. Tout d' abord, comme les produits proposés se vendent manisfestement bien,
vous allez décidez tous ensemble d' augmenter vos prix. Vous allez donc vous entendre sur un prix minimum. Chacun s' engageant donc à vendre son fromage au minimum à 9 euros et au maximum à 10
euros. Il n' y aura donc pas vraiment de concurrence entre vous et tout le monde sera donc content... sauf évidemment le bon peuple...
Le samedi suivant, les ménagères se retrouvent donc sur leur marché favori pour acheter leur fromage de chèvre. Sur le premier stand, où le fromage de chèvre était affiché encore 7 euros la semaine
dernière, voilà que ce même fromage se trouve à présent à 9.30. Bernadette, la ménagère de moins de 50 ans, fait donc remarquer l' augmentation considérable d' une semaine à l'
autre. Le producteur rétorque avec assurance que le prix la nourriture pour les chèvres a considérablement augmenté en peu de temps. La ménagère n' est pas convaincue et ne n'
achète donc rien. Le producteur reste très poli, et rigole même dans sa barbe. Il sait en effet que ses " concurrents " qui n' en sont pas vraiment; affichent
quasiment le même prix suite à votre entente illicite. La ménagère se précipite donc sur le stand de celui qui cassait les prix la semaine dernière en affichant son fromage à 5.50 euros, et là
stupeur, elle découvre que le prix affiché est à 9.10 euros, soit à un prix similaire au précédent, et donc bien loin des 5.50 de la semaine dernière. Votre " concurrent " lui sert le même
discours, à savoir l' augmentation du prix de la nourriture pour les chèvres. La ménagère se rend sur l' autre stand, et là le prix est désormais affiché à 9.80 euros. Elle poursuit son chemin et
se dirige vers vous. Votre fromage est proposé à 9.40. Le discours est évidemment toujours le même. Agaçée mais n' ayant pas le choix elle finit donc par acheter son fromage de
chèvre à 9.10 euros. Les autres clients sont évidemment dans la même situation, et sachant qu' il n' y aucune concurrence dans le secteur, ils finiront donc tous par capituler et le prétexte de l'
augmentation du prix de la nourriture pour les chèvres finira par être entendu, et même défendu. Les clients se mettront en effet à votre place en vous plaignant même. Evidemment, d'
une semaine à l' autre, vous inversez les prix entre vous, en restant dans la fourchette pré-définie. Il ne s' agirait en effet pas d' attirer les services de la répression des
fraudes.
La semaine suivante, vous retrouvez vos " concurrents " au troquet du coin. Tout le monde est content. Non seulement le chiffre d' affaires n' a pas baissé, mais en plus votre marge a
augmenté. Vous avez donc créé de l' inflation, et éliminé toute concurrence. Le bon peuple n' a plus qu' a accepter et la BCE en maintenant son taux directeur au niveau actuel pour maintenir l'
inflation, n' y pourra rien.
En France, il n' y a pas vraiment de concurrence entres les différents distributeurs. Les prix restent dans la même fourchette. Dans le secteur technologique c' est encore plus flagrant. Si vous
décidez d' acheter un écran plat, vous pourrez vous apercevoir que les prix sont similaires dans la grande majorité des cas, pour ne pas dire parfaitement identiques. Il faut dire, que malgré les
différentes enseignes, il y a en fait tres peu d' acteurs sur le marché français. Contrairement à l' Allemagne, le HARD DISCOUNT n' occupe en effet qu' une part de marché dérisoire en france et ne
favorise donc pas la concurrence. La dernière trouvaille des politiques en place étant d' autoriser les surfaces jusqu' à 1500 m2 pour justement favoriser l' implantation des enseignes de HARD
DISCOUNTet ainsi favoriser la concurrence et donc réduire l' inflation. Au détail près, que derrière de nombreuses enseignes de HARD DISCOUNT, se cachent tout simplement les grands distributeurs
français... On reste donc en famille, c' est tellement mieux...
Tout le monde s' accordera donc à dire que les distributeurs abusent, et que ce sont donc eux les " méchants ". Et pourtant... Et pourtant ce n' est pas aussi simple. En fait la grande distribution
n' a fait qu' exploiter une faille créée par les... politiques. En désignant donc la grande distribution comme étant le " méchant " à abattre, on se trompe de cible. Ce n' est pas les distributeurs
qui font les lois, mais bien les politiques.
FILLON s' est d' ailleurs bien gardé de tirer à boulets rouges sur la grande distribution lorsque l' UFC a fait part de l' augmentation manifeste des prix. il s' est empressé de demander un étude
démentant une telle augmentation des prix.
L' inflation actuelle en incombe donc à l' Etat. Dans un autre domaine, celui de l' emploi, mais dans le même secteur de la grande distribution, l' Etat a mis en place un système pour faciliter à
outrance les emplois précaires et bas salaires des caissières notamment. Les distributeurs français n' ont donc aucune raison de ne pas ' exploiter " leur personnel. Le systéme parfaitement bien
huilé a été mise en place par les seuls politiques pour satisfaire aux seuls chiffres du chômage. Un personne qui travaille n' est pas au chômage, et peu importe si il a un emploi précaire à
mi-temps en dormant accessoirement dans sa voiture le soir. L' essentiel étant qu' il ne gonfle pas les chiffres du chômage.
On vit decidément une époque formidable...